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De la violence à la citoyenneté

OBJECTIF OPÉRATIONNEL

Les détenus identifiés en tant qu’individus « radicalisés » ou en danger de le devenir arrivent en prison à la suite des échecs de leur vie. Ils sont souvent désorientés et d’autres détenus leur disent :
« Tu es rejeté par la société, les musulmans sont opprimés », ils sont alors sensibles à ces arguments simplistes car l’adhésion au fondamentalisme, au salafisme leur donne l’illusion d’un sens à leur vie, d’une orientation, d’une mission.
Le détenu incarcéré a le sentiment d’un temps « figé » où il se retrouve face à ses angoisses, ses doutes et son sentiment d’injustice. Le temps de la peine d’incarcération peut être mis à profit pour aider les détenus à mettre des mots sur ses interrogations quant au sens de sa vie, à sa conscience d’exister ou non.
Les ateliers citoyens se déclinent sous forme de groupes de parole en instaurant un véritable dialogue sur le sens et la portée de la peine carcérale. L’approche des intervenants et des animateurs est de ne pas réduire ces détenus à leur statut de prisonniers radicalisés, certes ils sont détenus mais « ils ne sont pas que cela ». La problématique du radicalisme religieux n’est pas abordée de manière frontale car la contre argumentation systématique est de peu d’effet sur ces détenus et s’avère contre-productive car ils sont alors plus sensibles au contre discours de leurs pairs au sein des groupes de parole.
Le groupe de parole doit favoriser l’expression du mal être et encourager les échanges ; les participants sont amenés à revisiter leur parcours, à réinterroger leurs certitudes ; parce que les intervenants portent sur eux un regard de respect, ils vont peu à peu retrouver leur individualité et se repositionner dans la société.
Le groupe de parole est un outil de psychologie clinique qui va donner un cadre sécurisé à une expression libre et authentique où les détenus pourront « livrer » leurs ressentis sans crainte de jugement.

METHODOLOGIE

Les intervenants doivent au préalable se poser les questions suivantes pour adapter leur posture :
- « Qui étaient-ils avant de se radicaliser ?
- Quels étaient leurs rêves, leurs projets ?
- Quels enfants étaient-ils ? »
Interroger « l’enfant » en eux est une manière de les extraire de la tigmatisation, de susciter en eux des souvenirs et des émotions enfouies, de leur redonner conscience de leur humanité et de leur dignité. En somme les reconnaître comme des citoyens à part entière et non plus comme des « ennemis de la France.
La séance d’ouverture de cette suite de groupes de parole sera la présentation de la trajectoire de Karim Mokhtari, la force de son message et son exemple font que beaucoup de détenus peuvent se retrouver dans son récit car il partage avec eux les « codes » et le langage du milieu carcéral.
Instaurer un climat de confiance est le pré requis de ces ateliers, il faut obtenir leur assentiment sur les sujets qui seront abordés en rapport avec leur place dans la société  :
Chaque thème sera traité à partir d’éléments théoriques, les sujets seront :
-  La mémoire coloniale
-  L’Islam des origines
-  La compréhension du religieux par l’Histoire
-  La discrimination
-  Le marché du travail, l’entrepreneuriat
-  La formation
-  La parentalité
-  Les médias, le traitement de l’information et la distance critique
La parole des participants sera libre, toutes les opinions peuvent être légitimes, seule la violence ne l’est pas. De manière sous-jacente, ces échanges ont pour objectif « d’inquiéter les certitudes », d’amener les participants à accepter les opinions contraires aux leurs.
Les intervenants extérieurs sont des experts de leur domaine, historiens, chercheurs, romancier, théologien (cf. tableau en annexe)
A travers ces échanges, le détenu pourra prendre conscience que son identité est « multiple et plurielle », riche de l’histoire et du vécu de chacun mais qu’elle ne se définit pas uniquement par rapport à son appartenance à une religion. La complexité de nos identités nous permet de partager beaucoup plus que ce qui nous différencie et comme le dit Antoine de Saint Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis »

COMPETENCES VISEES

Être en capacité de dialoguer sur des arguments différents, de mener une réflexion pour initier une remise en question de ses choix.